Après cinq ans de résistance larvée, la France a fini par céder aux sirènes ultralibérales de Bruxelles. Un monument du patrimoine national, l'antique loi de 1836 qui bannissait les jeux dans l'Hexagone, sauf dérogation accordée par l'État, vient de prendre un méchant coup de vieux.
La Française des jeux, les casinotiers et le PMU doivent se résoudre, la mort dans l'âme, à faire Toile commune avec de nouveaux venus à l'appétit féroce. À partir du 1er janvier2010, les paris sportifs et hippiques ainsi que le poker seront ouverts à la concurrence sur le Net. Seules les machines à sous et les loterieséchapperont, tout du moins pour l'instant, au diktat de la concurrence obligatoire.
La peur d'être débordé
2006 semble terriblement loin. Cette année-là, les patrons de Bwin, une puissante société de jeux autrichienne, avaient été arrêtés au centre d'entraînement de l'AS Monaco, club dont ils souhaitent devenir le sponsor. L'évolution de la législation française ne fait que prendre acte de la formidable foire d'empoigne dont le Web est le théâtre depuis plusieurs années. En difficulté financière, l'un des poids lourds tricolores, le casinotier Partouche, n'a d'ailleurs pas hésité à braver l'interdit et à prendre pied sur la Toile bien avant que les feux ne passent au vert.
Des sites installés à l'étranger, le plus souvent dans des paradis fiscaux, ont déjà capté en France une clientèle importante. Des évaluations au doigt mouillé évoquent des mises de l'ordre de 500 millions d'euros par an. Selon des estimations des dirigeants de la Fédération française de tennis, le dernier Roland-Garros aurait généré 400 millions d'euros de paris sur la planète Web. Eric Woerth, le ministre du Budget, met en avant la peur d'être débordé par cette offre illégale pour justifier la capitulation de la France devant la Commission européenne.
Le pactole fiscal
Les autorités françaises font le pari qu'ouvrir les jeux en ligne à la concurrence reste la meilleure façon de faire la police et de contenir les dérives. Le projet de loi qui sera bientôt soumis au Parlement prévoit la création d'une autorité de régulation indépendante. Elle seule attribuera les licences d'exploitation à la condition que les opérateurs s'engagent à respecter un cahier des charges nanti de plusieurs garde-fous : interdiction du jeu aux mineurs, limitation des mises, transparence de l'actionnariat, non-immatriculation de la société dans un paradis fiscal, intégration à un réseau de prise en charge des joueurs addictifs.
La Française des jeux, le PMU et les casinos totalisent aujourd'hui entre 35 et 40 milliards d'euros de paris par an. Pour le plus grand profit de l'État croupier qui engrange près de 6 milliards d'euros de recettes sans compter les taxes importantes versées par les casinos aux communes qui les accueillent.
La Française des jeux ayant l'assurance de ne voir aucun rival concurrencer les 40 000 points de vente de son réseau, le pactole des rentrées fiscales ne menace pas de s'évaporer subitement. À moins que l'attrait du Net ne vide les boutiques, les points courses et les salles de machines à sous.
Soucieux d'attirer de nombreux opérateurs étrangers, le gouvernement souhaite limiter la fiscalité sur les mises : 7,5 % sur les paris sportifs et hippiques, 2 % seulement sur le poker. Des taux bien en dessous de ceux pratiqués jusqu'alors. Ils dépassent 50 % pour les casinos.
Le risque de l'addiction
Selon le lobby des sociétés de jeu, l'ouverture à la concurrence n'impactera pas les finances publiques. C'est tout du moins que ce que soutient l'économiste Jean-Jacques Rosa, auteur en 2008 d'un rapport sur l'effet indolore de l'ouverture du marché des jeux en ligne. Malgré tout, dans le cas où la Toile deviendrait le vecteur principal des paris, l'État ne pourrait maintenir ses recettes que si les Français jouent de plus en plus.
La libéralisation risque-t-elle d'accroître l'addiction au jeu ? L'État et ses opérateurs historiques sont assez mal placés pour dispenser des leçons de morale. Le coût social du jeu a été pendant longtemps le cadet de leurs préoccupations. Qui dira les ravages opérés dans les rangs des joueurs compulsifs par le Rapido, l'un des produits phares de la Française des jeux ? Au moment où le monopole se lézarde, 600 000 des 20 millions de Français adeptes du jeu sont considérés comme des toxicomanes.
Et le pire est sans doute à venir. On le sait depuis la première étude de grande envergure publiée dans le courant de l'automne dernier par l'université de Nottingham. Après avoir interrogé 9 000 joueurs, les chercheurs britanniques ont démontré que le risque de l'addiction était dix fois plus important chez les adeptes du Net que dans les rangs des parieurs traditionnels. Pire, les résultats de cette enquête indiquent que les accros du jeu en ligne boivent et fument beaucoup plus que la moyenne. Un cocktail explosif en perspective pour les comptes de la Sécurité sociale déjà bien malades.(source: sudouest.com) Retourà l'actualités descasinos
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